Une longue interview de Tunisiano à propos de l'album accordé au magazine 5 style du mois de mars :
Avant qu'on commence l'interview, est-ce qu'il y a des sujets à éviter ?
Heu...Je ne sais pas s'il y a des trucs à éviter...
La fameuse vidéo !
On m'en a parlé vite fait. Je ne préfère pas en parler, ça dépend si on va abréger dessus ou argumenter.
La vidéo a pas mal tourné, mais personne ne t'en a parlé, je voulais savoir comment elle s'est retrouvée sur le Net ?
J'ai perdu mon portable et elle s'est retrouvée en ligne...
C'est relou ce genre de situation ?
Tu m'étonnes, c'est un truc de ouf, mais c'est vie privée. Après les gens se font une idée, gros dique-sa... ç'aurait été une personne inconnue, elle n'aurait pas eu ce problème.
Quel est le morceau qui te présente le mieux ?
Le morceau qui me présente le mieux, mais toute ma carrière aussi, c'est « Biographie ». Il ne sera pas sur l'album, mais en téléchargement.
Ton album, tu l'as construit comment ?
Je ne me suis pas donné de thèmes précis, je l'ai conçu comme un album Sniper. Il y a des morceaux avec des sujets plus perso que je veux aborder, vu que c'est mon album solo. Après, des morceaux concept, revendicateurs, plus profonds...
C'est marrant que tu dises que tu l'aies construit comme un album Sniper, parce qu'on ne te reconnaît pas comme Tunisiano de Sniper, dans cet album...
Je ne sais pas si tu dis ça par rapport au texte, au flow, au thème...
Par rapport au thème, à la façon de poser. Je trouve qu'il y avait des challenges...
C'est vrai que sur la façon de poser, j'ai essayé d'être technique. Après sur les thèmes, il y a plein de choses que tu peux retrouver dessus. Un truc comme « Marlich », tu peux le retrouver sur Sniper ; un truc comme le titre avec Lyricson, tu peux aussi y sentir du Sniper. Après il y a des
morceaux bien appropriés, qui sont dans mon délire : « Regard des gens », « Biographie », même le morceau «Solitude ».
On dirait fait que le fait d'être seul t'a autorisé une certaine liberté sur tous ces morceaux ...
Album solo, ça veut dire que tu dois faire découvrir ton monde, ta palette artistique à donner aux gens et de deux, je ne voulais pas me saouler. J'ai essayé de faire des délires, dans la continuité de l'album. Quand tu prends du recul, tu veux essayer de nouvelles choses, de nouveaux sons puis tu tentes. C'est vrai que j'ai pris des risques, si jamais ça en est vraiment. J'ai surtout essayé de m'amuser et d'élargir le truc. Le vrai truc c'est que je ne voulais pas me prendre la tête. Si j'avais rappé sur du piano-violon, parce qu'on aime bien Tunisiano sur du piano-violon, même moi ça m'aurait rendu ouf.
C'est un risque aussi, aujourd'hui quand tu regardes Tunisiano, c'est « la France »...
C'est aussi le morceau sur le bled dans le deuxième album, « Rien à foutre » sur Taxi 4 ou encore des apparitions à gauche, à droite. Je voulais prouver que je sais faire plein d'autres choses, que je ne suis pas qu'un rappeur qui chiale.
Pourquoi n'y a-t-il pas d'autres rappeurs sur ton album ?
C'est parce que j'arrive en mode solo, cet album ne devait surtout pas prendre la tournure d'une compil. Et puis, j'ai tout simplement des choses à dire. J'ai retenu seize plages, alors que j'ai vingt-deux titres. Résultat, j'en garde seize. On a fait une sélection d'un commun accord avec le producteur. Et on a gardé les morceaux qui nous semblaient les plus opé pour l'album.
Quand tu as des choses à dire, tu peux les dire avec d'autres rappeurs ?
C'est moi qui ait des choses à dire, après si les autres rappeurs veulent faire la même, ils ont leur album (rires). Même avec Sniper, on a toujours été comme ça, album c'est album. Tu essayes de te donner un maximum, et je n'y pense même pas à inviter les autres.
Pourquoi tes collègues ne sont-ils pas sur l'album ?
Si, ils sont là mais ils sont sur des morceaux en bonus. Les personnes qui achètent l'album ont un code.
En gros tes collègues sont dans un morceau caché...(rires)
Ce n'est pas un « Ghost Copy », mais presque quoi...
Tu consommes quoi en rap français ?
J'écoute tout ce qui sort, plus ou moins. Mais je ne suis pas fan de tout.
Les artistes phares en rap français ?
Salif, Seth Gueko, Aketo... Ce sont les artistes qui ressortent le plus à l'heure actuelle, des derniers trucs que j'aie pu écouter.
Est-ce qu'il y a des artistes que tu aimes artistiquement mais pas humainement ?
Ceux que j'ai cités sont ceux que j'ai aimé écouter. Parfois je tombe sur des morceaux d'artistes, mais je n'adhère pas au truc et le mec je le connais dans la vie, je sais que c'est un mythomane. Ce qu'il donne aux gens dans son morceau, c'est beau à écouter, mais c'est bien différent quand tu le connais réellement.
C'est qui ce gars...
Non, je parle de manière générale. Un rappeur quelque part c'est un package, tu prends ce qu'il dégage, raconte et tu prends ses titres. Et quand tu sais que le mec raconte autre chose, bon ben tu n'adhères pas.
Il y en a beaucoup dans le rap français ?
Ah, ouais, il y en a beaucoup.
Un reproche par rapport à l'album, j'ai vu le clip « Equivoque », j'ai l'impression que tu vises un public assez jeune...
Je n'ai pas fait mon album en visant un public en particulier. Quand j'ai entendu la prod du morceau « Equivoque », je me suis dit que j'allais me faire un délire à la Slim Shady.
Tu es conscient que la critique peut être mauvaise là- dessus ?
Oui, il n'y a pas de problème. Tu sais, ce morceau, je sais très bien qu'il ne va pas parler aux puristes du dirty. Après, pour avoir une idée, il faut que les gens écoutent l'album dans son intégralité. Et ils découvriront ce qu'il y a, ils pourront avoir une idée. Forcément, si tu n'écoutes que ce morceau et que tu me dis que c'est pour viser un large public, ça ne me dérange pas.
Dans Sniper, on peut identifier que Blacko a le côté ragga, Aketo le côté « hip hop » et toi c'est quoi ta spécificité ?
J'sais pas, je dirais hip hop aussi. C'est clair que je le suis moins que Aketo, car je ne danse pas, ne graffe pas. Mais ouais, après je suis hip hop.
Quelle est ta vision du hip hop ?
Franchement, je n'ai pas ce discours. A la base j'ai pris le rap comme un hobby
Ouais mais le rap ça vient d'où ?
Des States. Je ne suis pas un puriste dans l'âme. Je fais du rap avant tout, après est-ce que je suis esprit hip hop... J'sais pas...
Qui a décidé que tu ferais en premier ton solo ?
Personne, ça s'est fait tout seul, j'étais le plus avancé des trois en la matière, donc voilà.
Vous êtes passés en procès plusieurs fois, à cause de votre musique ?
On est passé quatre fois au tribunal, pour différents chefs d'inculpation suite au titre « La France ». Morceau raciste, anti-blancs, anti-flics, qui poussait à l'émeute. Et après ils ont fait appel. Mais on est passé quatre fois et on a gagné. Ils sortaient la phrase de son contexte. « Voilà à quoi ils poussent la jeunesse de France et ils vendent des millions de disques », pouvait-on entendre.
En gros, t'as mis tes potes dans la merde (rires)...
J'ai mis personne dans la merde, c'est un couple, quand on kiffe, on kiffe ensemble, quand ça va mal aussi.
Tu en penses quoi du fait de poursuivre les artistes ?
Je n'ai jamais compris, tu fais de la musique tu essayes de t'en sortir avec ta passion, tu n'as rien de révolutionnaire, à croire qu'on va prendre la Bastille.
Quand une mère de famille veut acheter un disque de rap à ses enfants, qu'elle demande quels sont les artistes les moins violents, le vendeur cite Diam's ou Sniper, ça vous fait quoi ?
A la base je fais du rap, je n'ai jamais prétendu être quelqu'un de violent, qui fout la merde ou qui tape les gens. Je fais ma musique, je parle à des gens, après il en faut pour tout le monde. Je pense que dans Sniper, on a fait des morceaux plus sentimentaux comme « Sans Repères », « Fallait Que Je Te Dise ». Vu que ce sont des morceaux accessibles, les gens vont dire – Oh c'est bien ils transmettent de l'émotion.
Au début on vous comparait à un boys band ?
C'est vous qui vous nous avez sorti ça ! J'suis pas au courant, ce que disent les gens et qui n'est pas étayé, je m'en fous.
Les critiques de l'album ?
On m'a dit qu'il y avait trop de morceaux lents, après par rapport à la critique, je ne sais pas si les gens qui m'entourent sont objectifs, les vraies critiques, on les verra sur les forums de mordus du hip hop... (rires) – il a pompé le flow à l'autre. Après je sais pas.
Le choix des collaborations ?
Zaho, j'ai posé sur son album, elle a une voix vraiment particulière, je lui ai demandé de participer sur « Citoyen du monde ». Lyricson, c'est le morceau reggae, vu que je voulais une autre couleur, c'est reggae hip hop. Amel, on a une amie en commun, je lui ai proposé le morceau « Solitude ». Et il y a Cheb Akil, c'est un chanteur algérien, tout s'est fait net. Il est venu tout droit du bled, il n'a pas encore la carte verte (rires).
T'es prêt à aller défendre ton disque à la télévision ?
Ça dépend, si tu diabolises le truc ou si t'es dans un concept positif. Je vois ça comme un moyen de mettre enavant notre mouvement (rires), non notre musique. Ce qui m'énerve dans le rap, c'est qu'on est les premiers à dire qu'on nous boycotte, mais on ne va pas défendre nos idées. Et si tu y vas, tu passes pour un vendu etc.
Si on te propose la Star Ac, tu le fais ?
C'est une autre histoire, je demande à réfléchir.
Et Ardisson ?
Pourquoi pas...
Mais il te parlerait de la vidéo...
S'il me parle de ça, il va peut être chercher à me déstabiliser, mais je suis prêt à essayer et on verra. Ce serait une expérience, bonne ou mauvaise.
T'es conscient que tu vas porter les critiques vis-à-vis de Sniper ?
Je suis le premier à sortir donc j'assume tout ce qui suit, puis Sniper c'est ma fierté, si j'en suis là aujourd'hui, c'est grâce à Sniper. J'ai rien à dire par rapport à Sniper. Concernant la vidéo, je ne suis pas sûr qu'ils en parlent.
Si, attends je crois que vous êtes en lien sur des sites pour adultes...
Oui, mais est-ce qu'ils vont tomber dessus.
Si je tombe dessus sans faire de recherche...
Est-ce qu'ils vont en parler, concrètement.
Tu leur tends la perche, avec des phases bientôt nominées aux Hot d'or ?
...Ardisson, je vais le mettre bien, t'inquiète Thierry.
Une émission que tu ne ferais pas...
Fogiel, je sais que lui, c'est un petit tre-trai. Après il faut savoir prendre des risques, regardes vous êtes un des seuls magazines à me parler de la vidéo. Aucun média ne m'en a parlé. Personne n'a été parler aux journalistes. Après si tu veux me parler de la vidéo, je suis venu vendre mon album, avant toute chose je viens parler de ma musique.
Au fait, c'est vrai cette histoire comme quoi le fils de Sarkozy est producteur ?
On avait un ami en commun, il nous l'a ramené, on s'est dit que c'était un bon clin d'oeil du fait que son père nous a poursuivis, on voulait faire un morceau militant. On a pensé à faire la réponse à « La France » sur une instru au fils à Sarko. Comme ça, si on se faisait attaquer en justice, le fils aussi.
C'est un bon scoop ?
Sans penser à se faire attaquer, c'était surtout un beau pied de nez.
Vous pensez que c'est choquant que le fils de Sarkozy produise du rap ?
Non, si le mec kiffe la base. C'est un petit gars pépère, il ne ressemble vraiment pas à son père. Il serait venu sans dire son blaze, je n'aurais pas remarqué, il est discret. Personnellement, je passe au-dessus de ça. C'est la musique qui parle.
Vous pensez qu'il faut se mélanger ou pas ?
C'est son daron, on ne choisit pas ses parents, si le fils de Sarkozy nous avait amené un son qui tue, on serait passé au-dessus de ça.
Je pensais que c'était un coup de pub ?
Non, c'est vrai, le fils de Sarkozy est producteur...
Qu'est-ce qu'il y a dans le regard :
D'Aketo ?
De l'amitié et de la sympathie.
De Blacko ?
De l'amitié aussi.
De Sarko ?
Je sais pas si c'est de la sympathie ou de l'antipathie.
De Booba ?
Je sais pas, il faudrait lui demander.
De Cauet ?
Je ne sais pas s'il nous connaît, s'il aime bien notre musique.
Pour la vidéo, quand on va en publier les photos, faudra qu'on cache la marque c'est Weside (rires)
On vous a proposé le clash version 2 ?
Oui, une fois on nous en a parlé mais les deuxièmes versions sont trop souvent moins bien que les premières.
Sur la version du clash, pour le passer en radio, il vous avait demandé un refrain ?
Pour dire la vérité, sur deux morceaux on nous a demandé un refrain. « Faut de tout pour faire un monde » et « Aketo Vs Tunisiano ». On a abandonné cette idée, cela ne nous a pas empêchés de les sortir en maxi.